Otage de marque

Otage de marque - Antoine Billot - Editions Gallimard
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Antoine Billot

 

Editions Gallimard
 19,00 €
Roman

Jeanne, une jeune fille de 16 ans, observe à la dérobée un homme aux tempes légèrement grisonnantes ; Litre Bob, l’un des invités de ses parents. Elle est envoûtée par sa voix de magistrat, son regard lavande, son arrogance un rien caustique et ses traits d’esprits. Cultivé, homme politique en devenir, il disserte sur les enjeux de la guerre. Comment naît l’amour, le désir ? Elle ne le sait pas. Elle comprend juste qu’une effervescence mystérieuse vient de s’ouvrir en elle et qu’elle se donne, dans le secret de son cœur, à cet homme. Puisqu’il faut bien que le temps passe, elle se marie. Lui aussi. Mais un jour enfin, elle distingue dans les yeux de Litre Bob, qu’elle croise parfois au gré des salons parisiens et meetings, le désir qu’elle a tant souhaité voir s’allumer.
Litre Bob, c’est Léon Blum, socialiste, chef du gouvernement, emprisonné par le régime de Vichy. Traduit en justice lors d’une parodie de procès, il est déporté par les Allemands avec son ami Mandel, en mars 1943. Ils sont engeôlés au Falkenhof, une ancienne fauconnerie en bordure du camp de Buchenwald. Pour Litre Bob, Jeanne va tout quitter : son mari qui se suicidera, ses fils, sa condition de bourgeoise qui, en temps de guerre, l’a mise à l’abri du besoin. Elle le rejoint à Buchenwald, malgré la sensation de marcher vers la mort.
Il y a tant à puiser dans ce très beau roman, tant de « vérités » que l’on oublie trop facilement. Entre autres, que l’amour de la liberté et de la justice s’apprend, le plus souvent, à l’adolescence, dans la grandeur de la poésie, des textes littéraires… C’est sans doute, en partie, ce qui a œuvré à la transformation de Litre Bob, un dandy excessivement littéraire devenu homme politique.
Le style de l’auteur peut surprendre. Des phrases aussi longues que celles de Proust… Ici, elles sont enchevêtrements d’idées, d’explications, de suppositions, de désirs, de justifications. Elles sont liées et miment le mouvement de la pensée. Elles viennent, s’enchaînent, s’associent les unes aux autres, expriment la vie intérieure, permettent entre autres l’introspection des personnages et la méditation du lecteur.
Otage de marque, c’est l’histoire d’une trahison. Celle de l’État français envers cet homme fidèle à ses idéaux. Mais de toute cette sombre période, l’auteur choisit de ne retenir que l’amour au temps de la haine. Et nous le suivons dans ce choix, sans aucun regret !

 Extraits :  ” Il n’est pas jusqu’aux privations, à l’enfermement, à la solitude, au dépaysement, dont il ne soit désormais familier,  jusqu’à l’horreur même de devoir envisager, sans stupeur excessive, que le portail du pavillon de chasse qu’il franchissait deux mois plus tôt était le dernier portail qu’il franchirait jamais, que ce camion duquel on l’avait alors pressé de descendre en lui pilonnant les côtes à coups de crosse de fusil était le dernier dans lequel il serait jamais monté, que les journaux, les livres, qu’il consulte aujourd’hui, malgré le pus d’encre qui ne macule souvent les feuilles, lui apportent les dernières nouvelles, les dernières informations dont il aura jamais connaissance, que les lettres de Robert, de Renée, de Jeanne, qu’on lui a remises la veille sont peut-être les dernières qui lui seront jamais adressées.”

“Jeanne redoute en revanche que les souvenirs, aussi précieux soient-ils, ne sachent pas davantage mordre sa volonté, la tenir éveillée, qu’étouffer sa mélancolie, elle redoute qu’il n’y ait plus rien pour assiéger son désespoir, le faire capituler, plus rien sinon son amour pour Little Bob, cet amour qui pour le moment se suffit à lui-même mais dont elle ne peut se retenir de considérer la possible abrasion, c’est-à-dire, imagine-t-elle en nourrissant son intuition de ses expériences, non pas la dissémination de son caractère unique, exemplaire, jusqu’à ce qu’il compose une sorte de mémoriel amoureux comme en produisent parfois les séparations ou les veuvages, mais bien plutôt sa débauche progressive, quand fatigué d’aller et venir, de provenir de l’un pour parvenir à l’autre, l’amour se mue progressivement en amour de soi…”

” Il suffirait pourtant de peu de chose, se dit-elle, il suffirait que Little Bob se penche vers elle comme un marié ordinaire, qu’il baise sa bouche en chatouillant ses lèvres ordinaire, qu’il baise sa bouche en chatouillant ses lèvres de sa moustache, qu’il lui confie qu’il est aussi heureux qu’elle, que malgré tout, malgré l’isolement, le ban, la déportation, la mort qui trimarde à l’extérieur du pavillon de chasse comme un renard autour d’un poulailler, il ne regrette rien puisqu’ils sont enfin unis, réunis, qu’en le retrouvant en Thuringe elle lui a apporté cela qu’il attendait, cela qu’il espérait : l’amour au temps de la haine ; il suffirait pourtant de peu de chose…”

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