Le mariage de Pavel

Le mariage de Pavel - Jean-Pierre Milovanoff - Editions Grasset
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Jean-Pierre Milovanoff

Editions Grasset
17 €
Roman

Voici un roman qui fait mentir Barbara chantant qu’il ne faut jamais revenir aux temps chéris de son enfance. A l’occasion d’une visite de l’ancienne demeure familiale mise en vente, l’auteur, ému, se remémore son enfance et son adolescence heureuses entre sa grand-mère Léonie, sa mère et sa tante. Mais les souvenirs sont comme une pelote de laine dont on déroule le fil. Après les souvenirs innocents de l’enfance, vient celui du jour où Pavel, son père, se sachant malade et condamné, lui a fait le récit de sa vie. Russe blanc, à 15 ans, il fuit sa famille, son pays à feu et à sang, et la mort promise à un jeune bourgeois issu d’une école militaire tsariste. Après être passé par Constantinople, Sofia, il s’installe dans les Cévennes où il rencontre Renata, une institutrice et sa sœur Odine, chorégraphe fantasque. Séduit par Odine, il épouse pourtant Renata dont il aime la force, la fausse humilité et la résistance dont elle fait preuve, y compris quand il lui faut s’opposer à sa famille xénophobe. Toute sa vie, Pavel va vivre avec ces deux soeurs, couple perpétuel, inséparables étoiles doubles, rivales mais complices. Il en sera le prisonnier, martyrisé par ces deux femmes fusionnelles qui briseront ses rêves de carrière, le pousseront peu à peu à renier son passé russe, sa culture et sa langue qu’il ne devra plus parler à la maison.
Vérités et questionnements
Pour lire Le mariage de Pavel, le lecteur devra prendre son temps, se délecter de belles pages qui font réfléchir. Celles sur l’exil de Pavel sont les plus prenantes. Elles énoncent des vérités, toujours d’actualité en ce temps de mondialisation et d’exodes massifs. Ceux qui connaissent l’exil le font par nécessité, souvent dans l’urgence. Ensuite, ils découvrent qu’ils se sont dépouillés des liens qui les rattachaient à eux-mêmes et en souffrent sans commune mesure. L’exil de Pavel a également été intérieur : il a été prié de se taire dans toutes les langues qu’il pratiquait. Pour conserver « l’entente » de leur trio, il a fait disparaître le Russe qui était en lui. La relation entre Pavel et ces deux sœurs, examine, quant à elle, la question de la formation des couples. Qu’est-ce qui prévaut à une alliance de deux êtres ? Le hasard répond Pavel.
Le lecteur, refermera ce beau roman en s’interrogeant sur le bienfondé de ce que Pavel a pensé être de l’amour. Laisser son individualité s’étouffer, être prisonnier d’une relation quelle qu’elle soit, est-ce vraiment de l’amour ? Nous autres lecteurs pourrons chercher et trouver dans la lecture d’autres romans des pistes de réponses à cette question primordiale.

 Extraits :  : ” Il observait nonchalamment – la nonchalance étant la traduction française d’un bonheur russe – le départ d’Odine et de Renata. A peine la légendaire traction avant avait-elle franchi le portail qu’il venait me dire, avec un sourire dans les yeux qui valait bien des commentaires :  «Nous voilà réduits à nous-mêmes, ce sera dur de survivre sans les femmes de la maison, mais nous y arriverons si nous avons un peu de chance ». Ce mot  « chance » dans la bouche de Pavel m’a toujours fait sursauter. La chance existait-elle pour un homme qui avait perdu tous les siens ? »

 «Mes années les plus tragiques, les plus désolantes, se sont changées en enseignement précieux, c’est la source qui coule en moi. Où que je me trouve à présent, et que je sois seul ou dans la foule, je suis rattrapé par mes souvenirs de la Russie. Rattrapé, oui, c’est bien le mot ou si tu préfères : harcelé par des images, des scènes, des brides de conversation, des instants de joie, d’épouvante aussi et quelquefois par une couleur, une sensation : le rouge grenat du vaste bureau de mon père tout au bout d’une pièce qui donne de plain-pied sur la forêt, l’or terni de la bague de fiançailles qu’il faisait tourner à son doigt en parlant avec un ami, la vapeur qui s’échappe du samovar et monte vers un plafond de bois sombre, la voix d’une femme qui m’appelle pour le repas et ce n’est pas ma mère cette femme, elle est morte depuis deux ans ; c’est la nouvelle star de la maison, l’intruse, l’importune. »

 «Ne t’étonne pas si je me rappelle une scène comme celle-là après tant d’années. Souvent les petites choses qui n’ont pas changé le cours de l’Histoire surnagent dans la mémoire, alors que les grands évènements se désincarnent dans les livres. Ce n’est que justice. Quand on a rien, on souffre quotidiennement pour des vétilles. Un clou dans la chaussure, la boucle d’une ceinture qui casse et l’on chercher de la ficelle pour se la nouer autour de la taille, un ongle arraché ou encore de la crème fraîche qu’une paysanne vous vend au bord du chemin, on a l’argent mais pas de bol pour l’emporter, voilà les problèmes qui se posent au fugitif. »

 «Aux derniers rangs, la foule était en guenille, nous n’y prêtions pas attention, c’était notre erreur, mais je soutiens qu’elle n’était pas maltraitée comme elle l’a été par Staline. Le peuple était-il désespéré ? Moins qu’aujourd’hui, pour la raison qu’on ne ressent pas si fort les épreuves quand un chant plus grand que soi s’élève de sa poitrine. N’avoir aucune langue pour faire entendre son malheur, voilà l’absolu du malheur. »

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