Il reste la poussière

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Sandrine Collette

Editions Denoël Sueurs froides
 19,90 €
Roman noir

 

Argentine, une steppe balayée par les vents glacés, un endroit loin de tout voisinage, où le travail de la terre peine à nourrir hommes et bêtes. Seules les grosses exploitations, firmes et fermes industrielles qui commercent avec l’Europe, réussissent à survivre et à se développer. Ce n’est pas de cas de l’Estancia de Raphael et de sa famille. Depuis la disparition du père, la vie y est vraiment terrible. La mère, une femme endurcie par une existence remplie des coups de son mari et de ceux impalpables de la vie, élève ses enfants à la dure ; sans aucun amour à leur égard, comme elle-même a été élevée, à coups de triques. Elle les laisse plutôt s’élever seuls, selon la loi du plus fort : les deux ainés, des jumeaux, martyrisant les deux plus jeunes dont Raphael, comme si cette éducation était nécessaire à la survie de tous. La haine et la peur s’est installée dans cette famille. La mère, comme beaucoup de personnes qui n’ont rien reçu de la vie, cherche à gagner de l’argent coûte que coûte.
Un soir, ivre, elle joue aux cartes le maigre pécule rapporté par la vente de la laine des ses moutons et le perd. Pour essayer de se refaire, elle joue Joaquin, un des jumeaux qu’elle perd également. Avec une paire de bras en moins pour travailler, le travail et la vie à l’estancia sont encore plus dure, la haine toujours plus puissante. Ce qui sauve Raphael de cette ambiance sordide, c’est son amour des bêtes : de son cheval, ses chiens et du troupeau. Grâce à eux, il réussit à garder une innocence et la foi dans la vie. Un jour, Raphael doit quitter la ferme à la recherche des chevaux qui se sont échappés. A son retour, après plusieurs semaines d’errance et une rencontre avec un moribond, plus rien ne sera comme avant.
Avec ce roman choral, Sandrine Colette signe une oeuvre qui explore les relations familiales dans un huis clos étouffant. La haine est distillée, jour après jour, mot après mot, successivement par chacun des personnages. Dès les premières lignes, la tension entre les personnages s’installe. Le lecteur sent qu’elle ne le lâchera plus jusqu’à la fin de cette histoire. Il essaie de comprendre ce qui peut conduire une famille à s’entredéchirer : jalousie, besoin de domination, manque d’amour, vie précaire… Comme Raphael, il trouve quelques minutes d’apaisement dans les balades à cheval dans les grands espaces de la steppe. Mais il attend surtout l’évènement salvateur, qui fera rompre cet enchainement de maltraitance et fera enfin retomber la violence. Un roman noir original à découvrir d’urgence.

 Extraits :  : “Elle els déteste tout le temps, tous. Mais ça aussi, c’est la vie, elle n’a pas eu le choix. Maintenant qu’ils sont là. Parfois elle se dit qu’elle aurait dû les noyer à la naissance, comme on le réserve aux cantons dont on ne veut pas ; mais voilà, il faut le faire tout de suite. Après c’est trop tard. Ce n’est pas qu’on s’attache : il n’est plus le temps, c’est tout. Après, ils vous regardent. Ils ont les yeux. Et vraiment la mère y a pensé, mais elle a manqué le coche.”

“De ce jour, la violence des grands s’accroit. Depuis des semaines, Rafael et Steban ont cessé de les guetter dans le pré des brebis. En vain. La morsure de la honte ne s’efface pas. Se guérit le temps d’une bagarre, de muscles tendus pour faire mal. Les aînés frappent là où cela ne se voit pas, épargnent les visages. Que la mère ne se doute pas, surtout. Elle pourrait remarcher la démarche courbée des plus jeunes, certains matins, la façon dont ils baissent les yeux en croisant les jumeaux. Pas même. Elle donne les consignes de la journée sans les regarder, n’interrompant jamais la tâche qui l’occupe. Mauro et Joachim ricanent. Rafael esquive, se faufile, retrouve son cheval, les chiens. Blotti dans un coin de la grange, Trois à demi couché sur ses jambes, il attend que les aînés l’oublient.”

“Et cela les réconforte de marmonner et de jeter sur elle ces injures qui lui brûlent la langue tandis qu’elle ronfle l’arrière même s’ils surveillent du coin de l’oeil la forme sous la couverture parce ce qu’on ne sait jamais avec la mère , qu’a l’air de rien et puis qui entend ce qu’il ne faut pas, et qui a la main leste comme tout. Quand elle les gifle, quand elle les cogne, ils se recroquevillent tels des enfants, et pourtant n’importe lequel d’entre eux pourrait la repousser, même le plus petit qui est sec comme un coup de trique. N’importe lequel pourrait la faire tomber. La piétiner, la battre, enfin, qu’elle comprenne qu’elle aussi ça peut lui arriver, pas seulement à eux, la mère aussi peut prendre une trempe. Mais en vérité, jamais ils ne la toucheront.”

 

 

 

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