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Hommage à… Lino Ventura !

On a toutes et tous gardé au plus profond de nous l’image de cette force tranquille – mais pas toujours ! – du cinéma français. Derrière l’acteur, nous avons voulu rendre hommage à l’homme et au père, si sensible et si généreux… Respect !

Le petit Angiolino Ventura n’a que sept ans lorsqu’il débarque à Paris avec sa mère. Nous sommes en 1926… Une enfance difficile, l’école (“Enfin, pour vous dire la vérité, j’étais rarement en classe !”) et surtout celle de la rue, les petits boulots, le sport, la lutte gréco-romaine… Et puis un jour, le cinéma, une rencontre incongrue avec Jean Gabin et un destin qui change du tout au tout ! C’est à la lecture de l’un des ouvrages si émouvants de sa fille Clélia, Lino Ventura, une leçon de vie, que nous avons imaginé cet article, sous forme d’interview posthume de Lino Ventura. Nous vous proposons de découvrir ici quelques extraits des manuscrits et interviews de ce “grand bonhomme”. Nous espérons qu’ils vous offriront autant d’intérêt et d’émotions que nous en avons reçus… Mais le plus intéressant dans cet hommage, c’est peut-être que les propos de ce “dur au grand cœur” sont encore aujourd’hui d’une incroyable actualité ! Et c’est peut-être pour ça, aussi, qu’il nous manque tant…


⇐ Les premières années

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Je suis issu d’une famille très modeste. Mon père a quitté l’Italie pour des raisons à la fois politiques et financières. En 1926, ma mère et moi sommes partis pour le rejoindre en France. Mais, à notre arrivée, il avait disparu. J’avais sept ans. Si vous me demandez si j’ai ressenti la condition d’immigré, le racisme, je vous répondrai : fichtre oui ! Je me souviens des queues qu’il fallait faire rue de Vaugirard, où j’accompagnais ma mère parce qu’elle ne parlait pas français, pour l’obtention de cette fameuse carte de travail… Les commerçants à qui il fallait tout expliquer parce qu’ils ne la comprenaient pas… Enfin, ce genre de brimades qui, accumulées les unes aux autres, fait qu’un jour ça déborde un peu !

⇐ L’école
Un jour, j’ai assisté à la distribution de la Croix d’honneur. Alors, je suis allé proposer au jeune garçon récompensé de me prêter la sienne contre je ne sais plus quoi… des billes peut-être. Évidemment, il n’a pas voulu et j’ai fini par la lui prendre. Je suis rentré chez moi et j’ai expliqué à ma mère que c’était ce qu’on donnait au premier de la classe. Là, elle a eu des doutes affreux et tout en lui parlant, j’ai vu un môme qui arrivait hurlant au bras d’une dame, il me désignait : “c’est lui !” Et tout ça s’est terminé à coup de manche à balai !

⇐ Les premiers boulots
Quand j’ai dû commencer à travailler pour manger, j’étais très jeune. J’ai vendu des journaux, j’ai été groom, mécanicien, livreur, représentant, j’ai fait mille choses… Sans aucun succès d’ailleurs, parce que chaque fois que j’abordais un travail, je foutais une pagaille épouvantable. Je suis un enfant de la rue et c’est une très belle école… C’est peut-être ce qui m’a donné ce caractère indépendant. Je dois beaucoup au sport. Parce que, d’abord, je pense que ça vous fait aborder la vie d’une autre façon, ça vous donne une mentalité un peu différente. J’ai fait de la lutte gréco-romaine qui est une grande école d’humilité, une antichambre rêvée pour un futur acteur.

⇐ Le cinéma
Je n’avais aucune vue sur le métier d’acteur. Mon arrivée s’est passée autour d’un malentendu… J’avais un ami, à l’époque, qui était coproducteur de Touchez pas au grisbi. Il cherchait un Italien pour un rôle… Le premier jour où je suis allé au studio pour tourner, je n’avais jamais mis les pieds sur un plateau. (…) Je suis arrivé avec ma valise à la main et j’ai exigé de voir Monsieur Gabin. Personne n’osait m’amener à sa loge. Et puis je suis tombé sur un inconscient qu’il ne se rendait pas compte de ce qu’il allait faire : Jean Gabin m’a dit “Ça va ?”. Je lui ai dit “Ça va très bien !” Il m’a dit “Bon. À tout à l’heure !” et je lui ai répondu : “Ben c’est ça, à tout à l’heure.” Voilà ! Et je sais que si Jean Gabin ne m’avait pas reçu je serais reparti et je n’aurais jamais fait de cinéma. Voilà à quoi ça tient !

⇐ Des rôles de gangster ?

J’ai horreur des armes, j’ai horreur de tuer. Je ne suis pas chasseur, je serais incapable de tuer un lapin ! Les sujets de gangsters, que j’ai acceptés, m’ont plu parce que dedans, il y avait des problèmes humains. Bien souvent, on a essayé de me faire faire des choses dont je n’avais pas envie. Par exemple, de me faire jouer Néron. Or, à la seule pensée de me voir en péplum avec un petit ruban dans les cheveux, moi, personnellement, ça me fait éclater de rire. C’est là où je dis que je ne suis pas un acteur !

⇐ L’amour
Le plus beau geste d’amour que j’ai vu au cinéma et qui vaut, pour moi, 50 000 kilomètres de pellicules de baisers, c’est dans un film russe qui s’appelle La ballade du soldat (de Grigori Tchoukhra¨, 1959 – ndlr). Il y avait, à un moment donné, un soldat et une jeune femme debout dans le couloir, dans un wagon bondé. D’une façon muette, ce soldat a levé la main, l’a posée sur le front de sa fiancée et tout doucement, il lui a dessiné son profil avec l’index. Moi, je trouve ça admirable. La pudeur, vous savez, je crois que c’est quelque chose de très beau.

⇐ Un caractère…
Passer pour un ours, à certains moments, ce n’est pas si mal car, comme ça, on vous fout la paix. Et puis, il faut bien dire la vérité, j’en remets un peu quand ça m’arrange… Star, vedette… Pour moi, ce sont des mots qui ne veulent rien dire. Je ne me suis jamais totalement intégré au monde du spectacle. Je vous avoue que je suis toujours aussi étonné quand je vois ce qui m’est arrivé. Ça me panique presque ! Je trouve que c’est une des plus belles choses quand les hommes font de grandes choses, et quand ils le font discrètement.

⇐ L’Italie…
Je suis né italien, je mourrai italien ! Je suis resté italien non pas par patriotisme exacerbé, mais parce que suivant mes sacro-saints principes, j’ai toujours considéré que le fait de renier, avec une signature sur un bout de papier, la terre où j’étais né me paraissait quelque chose d’assez moche.

⇐ Désabusé ?
Mon regard sur le monde n’est pas celui d’un optimiste. Je suis même un peu désabusé. J’ai l’impression qu’on vit sur un volcan ! Et certaines valeurs humaines, à mes yeux, ont disparu. (…) Je vais vous raconter une chose qui m’est arrivée sur le tournage de Un papillon sur l’épaule. À la fin du film, les caméras étaient cachées dans un immeuble en face de la gare de Barcelone. Je sortais de la gare et j’étais censé prendre une balle en plein front. Je me suis donc écroulé contre le mur et je suis resté là, par terre, immobile au milieu de la foule… Il n’y a aucun être humain qui s’est arrêté ! Et ça, je vous garantis que ça m’a marqué pendant un bon bout de temps.

Clélia Ventura
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Avec son dernier ouvrage, Clélia Venturasigne à nouveau un magnifiquehommage à son père. À travers ceCarnet de voyages, itinéraire d’unépicurien, elle nous emmène dans les coulisses de la vie d’artiste deson “Lino” de père, et nous faitvoyager au pays du souvenir…Des moments d’émotions pures etsacrées que Lino partageait avecses compagnons de cinéma,d’amitié et de vérité. Compagnonsinscrits à tout jamais au Panthéondes “Copains d’abord”…

⇐ La liberté
J’ai très peur pour l’homme et son avenir, parce que tout le monde s’évertue à parler de liberté, de liberté, de liberté… ce mot qu’on emploie à tort et à travers et moi, j’ai l’impression que la liberté de l’homme est de plus en plus menacée. On vit dans un monde où les hommes ont peur. Peur de dire ce qu’ils pensent, peur de ne pas être des intellectuels, peur de ne pas être dans le coup, peur de perdre leur place, peur de tout. C’est affreux, j’ai l’impression qu’on vit à plat ventre !

⇐ La jeunesse
Je trouve qu’il y a des jeunes extraordinaires ! Seulement ceux-là, évidemment les médias ne les citent jamais. Je sais très bien que les trains qui arrivent à l’heure ne les intéressent pas, et donc on montre systématiquement une jeunesse négative. Les jeunes biens existent aussi. Moi, j’en connais un paquet qui ont un idéal, qui ont des tripes, qui veulent faire des tas de choses. Mais eux, on n’en parle pas souvent et c’est bien dommage.

⇐ Le respect


Je suis comme Brassens, je ne pourrai jamais de ma vie appeler un serveur “garçon”. J’ai toujours appelé un serveur “monsieur”. En revanche, je n’ai jamais appelé un ministre “Monsieur le ministre”, je l’ai toujours appelé “monsieur”. Pour moi, il n’y a aucune différence.

⇐ Les enfants différents
Il s’agit d’enfants… Des enfants pas comme les autres. Des enfants que Simone Saint-Clair (journaliste et romancière – ndlr) a appelés “les anges incompris” et que la médecine appelle des enfants inadaptés. Si j’ai pris le parti de soulever le voile sur ce problème, c’est parce que la société ne peut plus l’ignorer, ne doit plus l’ignorer.

L’association Perce-Neige, créée par Lino Ventura
Père d’une enfant handicapée, Lino a tout de suite été scandalisé par le manque de structures et de soutien proposés à ces enfants “pas comme les autres” et à leurs parents. Perce-Neige a été créé en 1966 pour leur venir en aide. Première victoire en 1975 avec une loi enfin votée en faveur des personnes handicapées. Six ans plus tard, ouverture de la première maison d’accueil spécialisée… Malgré la disparition de Lino le 22 octobre 1987, l’association n’a cessé de se battre. Aujourd’hui, trente Maisons Perce-Neige accueille en France 900 personnes handicapées. Et ce formidable combat continue. Aidons-les ! Contact : 01 47 17 19 30 ou www.perce-neige.org

⇐ Et leurs parents
Ces parents, vous pouvez les aider. Vous pouvez les aider avec beaucoup de chaleur humaine. C’est-à-dire que lorsque vous rencontrez un enfant pas comme les autres dans la rue, il ne faut pas le regarder comme un monstre, avec de la pitié. Ce n’est pas de la pitié que les gens veulent, au contraire ; c’est de la justice et de la chaleur humaine…

⇐ Jacques Brel


Jacques était mon ami et j’étais le sien. J’ai été très fier qu’il m’ait donné son amitié parce que c’était un être exceptionnel. On avait des points communs, je crois… Les mêmes principes sur les hommes, sur la dignité, sur la liberté… Et puis, vous savez, en amitié, on n’a pas besoin de se dire grand-chose. Je crois que c’est une complicité intérieure, on parle quand on en a envie. C’est un courant, c’est quelque chose de mystérieux. On se parlait même si on ne se disait rien.

⇐ Et Odette…
Ma femme, c’est tout à fait différent (…) car l’amour, l’estime et la complicité qui nous unissent, c’est tout à fait autre chose.
Elle fait partie de mes grandes rencontres dans la vie. Et peut-être que si je n’avais pas rencontré ma femme, je serais parti vers d’autres horizons…

 

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